Entretien 22.05.16 . 08:37
Mise à jour13.02.18 . 09:46

László Nemes, membre du Jury des Longs Métrages

László Nemes - Membre du Jury des Longs Métrages

László Nemes - Membre du Jury des Longs Métrages © Alberto Pizzoli / AFP

László Nemes est de ces réalisateurs qui, malgré un succès fulgurant dès son premier film, garde la tête sur les épaules et fait preuve d’humilité. Prix du Jury l’an dernier pour Le Fils de Saul, le jeune cinéaste hongrois a marqué le public et la critique par son approche singulière des camps de concentration, aussi concise que sincère. Rencontre avec l’étoile montante du Jury de George Miller.

Votre premier long métrage Le Fils de Saul vous a valu le Grand Prix à Cannes l’an dernier et l’Oscar du meilleur film étranger. Qu’est-ce que cela représente pour un réalisateur qui commence sa carrière ?

Je n’ai pas encore pris la mesure de ces événements et de cette évolution dans la vie. Ça aide à prendre confiance mais ça impose aussi une certaine humilité. On se dit qu’il faut savoir garder les pieds sur terre.

 

C’est aussi une source de pression ?

J’ai eu des moyens tellement limités sur le premier que, même s’ils sont plus importants pour mon deuxième film, je serai un peu moins sous la pression des contraintes. Ça ne veut pas dire que je n’en aurai pas, les contraintes sont importantes en cinéma, mais je pourrai prendre plus de plaisir à faire ce deuxième film.

LE FILS DE SAUL - Bande annonce

Cette année, vous revenez en tant que membre du Jury de George Miller. Comment abordez-vous ce rôle ?

J’essaie d’être spectateur avant tout, de vivre les films sans connaitre quoi que ce soit au préalable, de vivre comme le ferait un spectateur. Je crois au cinéma qui donne immédiatement des sensations mais aussi qui laisse une trace chez le spectateur. C’est une position un peu étrange que celle de juré, surtout que je n’ai réalisé qu’un seul film, mais je pense que ma voix a un sens dans le Jury.

 

Quel cinéphile êtes-vous ?

J’aime le cinéma qui me surprend, celui qui laisse de la place à l’imagination du spectateur. Kubrick est ma référence, Antonioni aussi, du coup je mets souvent la barre haut.

« J’aime bien quand le cinéma garde une part de secret, quand il n’étale pas tout. C’est là la différence avec la télé, l’esprit télévisuel est en train de gagner sur le cinéma et j’espère que le cinéma pourra résister. »

Avant Le Fils de Saul, vous avez notamment travaillé avec Bela Tarr sur l’écriture de L’Homme de Londres, en Compétition en 2007. Qu’est-ce que vous avez appris de lui ?

J’ai appris l’importance du travail en équipe. Le fait que c’est un travail d’artisan, qu’on doit sculpter la matière. C’est un long processus, difficile, il y a des enjeux et des difficultés.

 

Puis est venu le temps de réaliser votre propre film, Le Fils de Saul. Vous avez choisi d’éviter l’esthétisation et la surenchère. C’était un parti pris adapté au sujet de ce film ou bien plus généralement votre manière d’envisager le cinéma ?

Pour Le Fils de Saul, on s’est interdit l’esthétisation, mais sur mon deuxième film, on pourra prendre plus de plaisir à montrer les choses. J’espère que ce ne sera pas du cinéma qui se regarde. C’est une tentation à laquelle il faut savoir résister. Dans un esprit un peu bressonien, je pense qu’il est important de savoir se contraindre et d’aller contre les tendances faciles du cinéma.

 

Vous êtes tenté parfois ?

On est tenté par les démons, bien sûr. Je pense que c’est un danger qui guette en permanence, surtout à l’ère du numérique. Les innovations numériques, au lieu de les maintenir pour ce qu’elles sont et de les utiliser comme moyen, ont tendance à devenir la fin, l’objectif du cinéma. Ça participe d’une surabondance des effets visuels et de la mainmise de l’automatisation, qui appauvrit le cinéma. Quand on peut tout faire, il n’y pas d’enjeu, on ne laisse plus de place au spectateur, à son imagination. On veut tout montrer parce qu’on peut tout montrer. Ça devient artificiel et finalement on n’y croit pas. On devient des surhumains avec les ordinateurs. La subjectivité humaine ne s’y retrouve plus.

 

Vous préparez d’ores et déjà votre prochain film, Sunset. Qu’est-ce qu’il en est ?

C’est un film qui se passe en 1915 à Budapest. C’est l’histoire d’une jeune femme, c’est un film de mystère…

Rencontre21.05.2016 . 09:00

László Nemes, membre du Jury des Longs Métrages

Rédigé par Tarik Khaldi



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